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Une formation sans formatrice
Nous voici lundi 15 février, la chaleur arrive doucement, maintenant il fait plus de 30° et la nuit la température ne descend plus en dessous de 25°. Mais ce n’est que le début les grosses chaleurs son pour le mois d’avril et mai où nous serons plus dans un créneau de 40° le jour et 30° la nuit, heureusement nous aurons la clim pour nous soulager, enfin presque car dans la cour de teinture, seule l’ombre sera bénéfique, pas de climatisation, pas de ventilateur, j’espère pouvoir survivre.
Ces considérations faites, je suis contente car aujourd’hui madame Mariko est rentrée, je vais pouvoir avancer dans ma formation. En arrivant, nous faisons la teinture du bazin que j’ai traité à la bougie vendredi dernier. Je ne vois pas madame Mariko mais je ne m’inquiète pas, ici on ne s’active pas de bonne heure. D’ailleurs leur petit déjeuner (de la semoule de maïs aux petits oignons) est pris entre 9 et 10 heures du matin.
Le travail terminé, teinture puis rinçage sur le feu à l’eau bouillante pour enlever la cire. Quand malgré les gants on ne tient plus et bien on met de l’eau froide dedans ça refroidi les doigts et quand ça redevient insupportable on vide les gants et on refait la même manipulation. Je demande où est madame Mariko, car il est quand même près de 10 heures et je ne l’ai pas vu apparaître. La réponse est simple elle n’est pas rentrée hier car elle n’avait pas pu terminer ses « négociations ». Ah ! Et quand rentre-t-elle ? Mercredi. Et d’ici là, a-t-elle donné des instruction pour la formation ? Ben non, on n’a plus de bazin .
Bon je décide donc d’acheter du bazin, Andrée voudrait offrir des paréos à ses petites filles, c’est l’occasion ou jamais.
Comme il est de bonne heure, je demande si je peux aller voir le fileur car j’aimerai savoir comment il fait. Pas de problème, cet après-midi on ira acheter le bazin.
Mais non nous ne sommes pas allés acheter le bazin car le fileur avait terminé son travail, donc on va faire la dernière teinture qui doit être foncée, nous prenons du violet appelé ici « encre » comme quand on était gosse à l’école. après cela on commence à défaire les petites poupées qui vont révéler de très beaux dessins.
Mardi, ce matin, il est 8 heures quand on sonne à la porte, c’est le marchand de porc, on avait oublié qu’il devait venir, il nous vend un petit foie et un demi avant de 4,5 kg, ce devait être un cochonnet.
Dehors, il y a beaucoup de bruit, c’est une grande manif dans les rues de Koutiala. Que se passe–il ? Une jeune étudiante à été tuée par un chauffard qui n’avait pas de freins, malheureusement ici ce n’est pas rare, vu l’état de certains véhicules, on se demande comment ils peuvent encore rouler. Je vais à la rencontre de Malado qui doit m’accompagner au marché pour acheter le bazin, avec Andrée nous avons opter pour un bazin à 3000 F, c’est pas le plus beau mais c’est déjà de la très bonne qualité.
Ata est avec nous car elle doit aller acheter des légumes et de la viande pour ce midi. En chemin, je vois notre marchande d’arachides qui avait disparu depuis quelques mois. Jean-Pierre pesait qu’elle avait un autre travail et que c’était sa fille de 14 ans qui tenait son étal. Et bien non, elle était absence pour une autre bonne raison que voici :

C’est Lucie et elle a trois mois. Nous continuons notre chemin, Ata abandonne son vélo avant le pont pour aller à pied dans le marché, elle nous quitte chez le marchand de tissus. Ils nous montrent les bazins des plus chers 6500 F le mètre à 3000 F, en discutant, il me dit qu’il a du très beau bazin à 2000 F, je demande à voir, et décide de prendre ce dernier, quand je serai plus habile avec les techniques de la teinture je pourrais prendre du bazin de meilleure qualité.
Nous passons voir le marchand de teinture, il n’est pas ouvert. Nous retournons donc dans la cour de la teinture, je finis mon travail commencé la veille à savoir défaire à la lame de rasoir les filages faits. Le résultat est très beau.
Ama vient me voir et me dit que le bazin c’est bien mais que si je n’ai pas la teinture je ne peux rien faire, je lui explique que le vendeur de teintures était fermé. Et bien tu iras avec Fatim (Fatou Mata) car Malado est de corvée de cuisine. Bon je dis rien et je continue de défaire le bazin. Ma vient me donner un coup de main, malgré le handicap de sa main gauche, elle se débrouille très bien.
Ça discute dur en bambara, et ça rigole aussi. Ama s’en va avec des papiers à la main. On a terminé, j’essaye de comprendre pourquoi Ma et Malado me disent : on y va, alors que Ama m’a dit qu’elle ne pouvait pas venir. Je comprends enfin, Fatim va remplacer Malado à la cuisine, comme ça on va pouvoir faire les bons choix de teintures. Quand on rentre il est 11h30, Malado, me dit qu’on ne va pas commencer maintenant, je suis d’accord mais au lieu de venir à 16 heures je viendrais à 15 h 30.
J’arrive à l’heure dans l’après midi, on commence une teinture à l’étau avec des couleurs flamboyantes, j’ai l’intention de faire filé le bazin pour faire des motifs qui feront ressortir les couleurs. Mon travail terminé, je retourne à la maison et montre ce que j’ai fait à Andrée, elle aime beaucoup et n’a pas envie que l’on fasse des motifs, elle trouve l’étoffe très belle comme ça.
Mercredi je préviens Malado que le bazin fait la veille ne doit pas partir chez le fileur car mon amie le préfère comme il est. On fait faire les coutures et Youssouf repart à la maison avec le premier tissu. Ce matin je vais apprendre une nouvelle technique de chiffonnage, qu’on appelle la « salade ». Ça fait de très belles couleurs fondues entre elles. Andrée aime beaucoup car je lui ramène dès le midi. J’ai commencé le troisième coupon qui lui recevra de la bougie. Malado est malade et ça se voit elle est somnolente. Dans l’après midi, quand je viens dans la cour, il n’y a pas grand monde, Malado est au lit car elle a un rhume me dit-on, pourtant il me semble que ce matin elle avait une grosse migraine. Elle réapparaît vers 17 heures, mais toujours patraque. Je quitte la cour vers 17 h 50 pour aller au marché avec Youssouf pour acheter du bazin et de la teinture. On revient complètement crevé.
Ce matin Dra est passé voir Jean-Pierre pour lui annoncé que la réunion avec les administrateurs avait lieu le lendemain matin et qu’il prend le car pour Bamako cet après midi. Il pense reprendre le car demain après midi. Dembélé vient nous saluer, il est plein d’espoir. Inch’Allah.
Après le repas, j’ai préparé les yaourts et un pâté de campagne, Jean-Pierre m’aide pui disparait, je le rappelle car j’ai oublié de mettre la couenne en dessous avant de verser la mêlée, il s’en occupe, allume le four et met le pâté à l’intérieur. Quand je rentre vers 19h15 des courses en ville, je demande si le pâté est bien. Surprise de JP et Andrée. Tu nous avais pas dit de surveiller. Ben voyons, je pars à 16 h de l’après midi, le pâté va sortir tout seul du four. Enfin le résultat c’est du charbon.
Jeudi, aujourd’hui madame Mariko est de retour de Bamako, après huit jours d’absence. Elle revient chargée de bazin « riche » qu’elle a acheté la-bas, elle a aussi fait faire des tissus en plusieurs morceaux. Elle était partie avec un grand nombre d’étoffes qu’elle avait teint et est allée voir des « tailleurs », « stylistes » et couturiers pour qu’ils imaginent de nouveau motifs. En attendant, le temps passe et je me manifeste en demandant ce que je dois faire, il y a un fileur Karim qui est là, il va s’occuper du premier coupon que j’ai apporté. Je fais venir un nouveau tissu pour que je puisse travailler. Elle me le fait teindre en bleu ciel et le donne à Karim qui va faire du fil pour un motif. Bon je rappelle de nouveau JP pour qu’il me fasse porter un nouveau bazin. Elle me le fait teindre lui aussi en bleu clair, bon et maintenant… C’est Boniface l’autre fileur qui prend la relève pour faire du filage. Ces deux hommes ont des métiers bien précis et ils doivent avoir un diplôme pour exercer, quand on connait la valeur (marchande) d’un diplôme, on peut être pris d’un doute. Mais non, ces deux là travaillent bien.
L’après midi, on fait salon dans la cour, enfin presque, je prends des photos de Boniface en train de travailler, c’est tout, je dis ma déception à madame Mariko qui s’empresse de me dire que ce sont les fileurs qui n’ont pas terminé leur ouvrage à temps. Au moment où je repars, Karim arrive avec les deux étoffes, chouette ! Demain je vais pouvoir travailler.
Vendredi, il est à peine 8 heures du matin qu’on sonne à la porte, Isa dit : tiens ça doit être Dra, JP Andrée disent non ! Le gardien n’est pas à son poste et JP ne retrouve plus la clef, enfin il ouvre la porte, c’est bien Dra qui est rentré hier soir et qui vient dès ce matin faire un compte rendu à Jean-Pierre de la situation. En résumé, ils veulent rouvrir l’usine mais ils sont encore en discussion (depuis aout 2007). La première avancée, ils doivent lever les scellés de l’usine, !la voiture qui pourrissait depuis début septembre 2008 dans la cour du tribunal a été reprise par l’avocat des administrateurs. Et enfin, ils ont donné un chèque pour payer deux mois de salaire (ils en devaient quatre).
Bon c’est pas tout ça, je me rends à la cour, ce matin c’est une vraie ruche, madame Mariko a acheté du bazin qu’elle a déjà vendue et les étoffes teintes sont déjà en train de sécher, d’autres sont en tas avec un échantillon de tissu pour la couleur. Et moi l’un dedans, et bien j’arrive tant bien que mal à faire deux teintures et commencer un dessin à la bougie. Je m’aperçois qu’en tournant d’un quart de tour le tampon, on obtient un très beau rond avec des motif au quatre coins et des ornements au centre, j’en parle avec madame Mariko, elle ne s’en était pas aperçue, c’est l’élève qui montre au maître. Malheureusement je me trompe dans un motif, il faut tout recommencer, ça sera pour cet après midi.

En arrivant madame Mariko me dit qu’elle s’est posée la question s’il fallait qu’elle passe mon tissu dans l’eau bouillante pour enlever la bougie. Je lui réponds que oui il fallait le faire, et ben non c’est resté comme ça. Du coup il faut faire bouillir de l’eau, réchauffer la bougie. Bon en attendant que ça chauffe je vais faire la teinture du bazin filé par Boniface, la deuxième teinte est rouge. Madame Mariko vient me voir et me dit qu’elle doit s’absenter car elle doit aller présenter ses condoléances à une famille. Malheureusement ici ce n’est pas rare, quand les grosses chaleurs arrivent, certains ne survivent pas. PEndant ce temps, je me prépare à refaire de la bougie, l’étoffe est sèche. Aller, hop c’est parti. Mais l’heure tourne, je termine jusqu’à ce que la bougie ne soit plus assez chaude, je finirai lundi matin.
Aujourd’hui samedi, je commence la journée par faire le pain, puis un pâté et un jambon blanc qui macérait depuis quelques jours, le lait arrive, je fais les yaourts et bouillir l’autre litre de lait. Maria revenant des courses, je fais la soupe, et oui chez nous, c’est soupe chaude le soir, autant profiter des bons légumes de saison, une ratatouille et je prépare ue pâte brisée pour une tarte au épinards. Jean-Pierre m’a bien aidé pour la charcuterie. Dès que le pâté est cuit c’est au tour de la tarte de passer au four. Voilà, j’ai fait un max pour la cuisine, on va pouvoir congeler de la soupe et peut-être bien de la ratatouille. Après-midi, repos bien mérité.
Ce dimanche, c’est calme, repos dominical entrecoupé de tournois de bridge. Pour moi c’est télé et ordi.
Filed under: Koutiala
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